La chute de l'Empire Romain

La chute de l'Empire Romain
Author: Max Gallo
Language French
Pages: 241
ISBN10: 284563594X
Genre: Uncategorized
Goodreads Rating: 3.30
ISBN13: 9782845635944
Published: March 2014 by XO Editions

Extrait du prologue Il se nommait Rutilius Namatianus. Païen et gaulois, il était, en l'an 414 de notre ère, préfet de Rome. Quatre ans auparavant, il avait vécu le «sac de Rome», perpétré dans la ville impériale par les Barbares germaniques - les Wisigoths -ayant à leur tête Alaric, qu'ils avaient choisi comme roi. Viols, pillages, saccages, destructions, incendies, massacres s'étaient succédé pendant trois jours, du 24 au 26 août 410. Rutilius Namatianus écrit : «Nous avons sous les yeux des exemples qui montrent que les villes peuvent mourir.» Quinze siècles plus tard, devant les décombres et les dix millions de victimes qu'avait provoqués de 1914 à 1918 la Première Guerre mondiale, Paul Valéry écrivait : «Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.» Mais ni Rutilius Namatianus, ni Paul Valéry, qui incarnent, malgré l'abîme du temps qui les sépare, la civilisation occidentale, ne peuvent admettre que le monde dans lequel ils vivent va réellement disparaître, cédant la place à une autre civilisation. Au début du Ve siècle, Rutilius Namatianus, au moment de quitter le Latium pour rentrer en Gaule, adresse à Rome une incantation, sorte de credo dans lequel il exprime son admiration : «Écoute, ô reine si belle d'un monde qui t'appartient... Les siècles qu'il te reste à vivre ne sont soumis à aucune limite, tant que subsistera la terre et que le ciel portera les astres.» Les témoins de la «crise» que traverse leur civilisation au Ve siècle, et aux XXe et xxie siècles, ne conçoivent pas, malgré les ruines qui s'amoncellent sous leurs yeux, la fin - la chute - de leur monde. Ils acceptent tout au plus la transformation de «leur» civilisation. «Avant la chute de Rome, les Romains étaient sûrs autant que nous le sommes aujourd'hui que leur monde durerait toujours sans de grandes mutations. Nous serions sages de ne pas imiter leur certitude», écrit un historien anglais en 2005.

Au XVIIIe siècle, Chateaubriand, témoin fasciné de l'effondrement en 1789 de l'Ancien Régime, ne peut cependant pas aller au-delà de l'idée d'une sorte de passation de pouvoir, de continuité dans la transformation.

«Quand la poussière qui s'élevait sous les pieds de tant d'armées, qui sortait de l'écroulement de tant de monuments, fut tombée, écrit-il, quand les tourbillons de fumée qui s'échappaient de tant de villes en flammes furent dissipés ; quand la mort fit taire les gémissements de tant de victimes ; quand le bruit de la chute du colosse romain eut cessé, alors on aperçut une croix, et au pied de cette croix un monde nouveau.